Le GR-20: la Corse à pied
Le GR-20 (sentier de grande randonnée no 20) fait partie du réseaux français de sentiers de longues randonnées. Le GR-20 parcourt environ 200 km en traversant la Corse en diagonale, du nord-ouest (près de Calvi) vers le sud-ouest (près de Porto Vecchio). Je suis parti de l'extrémité sud du sentier et j'ai marché une centaine de km vers le nord jusqu'à la moitié du sentier, à Vizzavona, où une cheville et un genou ont rendu l'âme lors de la descente dans la vallée...Après avoir fait beaucoup de randonnée au Québec, dans tout le nord-est des États-Unis, dans les Rocheuses canadiennes et dans les Alpes suisses, je peux affirmer que le GR-20 est le sentier le plus dur que je puisse connaître. Les dénivellations sont importantes, les étapes assez longues, le soleil omniprésent et l'ombre absente, l'eau peu fréquente, et le terrain est extrêmement accidenté. Seulement 30% des randonneurs qui commencent le sentier le terminent jusqu'au bout.
L'avant jour 1...
Mes copains français (voir le sud de la Corse) m'ont laissé sur la route à Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio. J'ai ensuite marché plusieurs kilomètres sur la route pour me rendre au village de Conca, site de départ du sentier du GR-20 (que j'ai fait dans le sens contraire de la majorité des marcheurs). J'entrevois pour la première fois le massif de l'Ospédale. Dodo dans le camping de l'auberge de Conca.
Jour 1: de Conca au refuge d'I Paliri
Peu de temps après mon départ de l'auberge, je rejoins deux français de la région de Dijon avec qui je marcherai pour les prochains jours: Michael et Fabien. La première étape est relativement courte: environ 6 heures de marche. Mais quels 6 heures ! C'est dur pour un Québécois habitué aux jolies montagnes verdoyantes et humides de s'adapter au soleil intense et à la sécheresse des montagnes corses. J'ai vraiment trouvé ces 6 heures de marche très difficiles. Quand on se prépare pour le GR-20,
on peut lire partout que ce n'est pas pour n'importe qui. Je me suis vraiment demandé si je n'étais pas n'importe qui finalement... Heureusement, les paysages sont extraordinaires. Du haut des montagnes, on peut apercevoir la mer Tyrrhénienne. L'endroit où nous dormons, à côté du refuge d'I Paliri (car je voyage toujours à petit budget...), est magnifique. J'espère que je prendrai le beat au cours des prochains jours...
Jour 2: d'I Paliri au refuge d'Asinao et les aiguilles de Bavella
Nous sommes partis relativement tôt (pour nous) ou tard (pour la majorité des autres randonneurs) vers 8h30AM. La randonnée d'aujourd'hui est d'environ 8 heures de marche et nous fera passer juste à côté des fameuses aiguilles de Bavella, un des beaux paysages de montagne
de la Corse. Après quelques heures de marche, nous rejoignons le col de Bavella où nous arrêtons quelques minutes pour faire le plein de chocolat. Ensuite, un choix s'impose: nous pouvons emprunter le sentier du GR-20 classique qui contourne les aiguilles, ou emprunter la variante alpine du GR-20 qui passe au coeur des aiguilles; nous optons pour le second choix.
Le sentier devient alors rapidement très impressionnant et parfois même vertigineux. Nous sommes littéralement suspendus entre ciel et terre pendant certains passages. Des sections de sentier sont aménagées de façon à ce que l'on puisse descendre "en rappel"
le long de la paroi. Fort heureusement, c'est le seul endroit où je suis tombé tout au long de la randonnée, suspendu par une main sur la chaîne. À bien des endroits tout au long du sentier, tomber équivaut à une sentence de blessure grave ou
souvent même de mort tellement le sentier est accidenté et pentu. Comme il n'y a pas d'arbres pour se retenir, une chute peut s'étirer sur plusieurs centaines de mètres de rochers pointus sur une pente à 60 degré... Une fois rendu près du sommet des aiguilles, nous devons essuyer un orage complètement à découvert à plus de 1600m d'altitude. Nous nous sommes réfugiés
dans une pseudo-grotte en espérant que ça passe. Une fois l'orage calmé, nous avons redescendu sur l'autre versant des aiguilles. Le paysage est alors changé complètement. Nous passons d'un sentier accidenté et rocailleux à une pente plus douce, moins accidentée et moins rocheuse. Après être descendu dans le fond d'une vallée, nous remontons légèrement le flanc du Monte Incudine jusqu'au refuge d'Asinao où nous partageons très peu d'emplacements
de camping avec de nombreux autres randonneurs, l'armée française (!!!) qui tentera tant bien que mal de nous suivre pour le reste de la randonnée, et les cochons sauvages. Il y a beaucoup de monde sur le GR-20, même au mois de juin.
Jour 3: le Monte Incudine et le refuge d'Usciolu
Michael nous quitte dès le matin pour prendre un sentier vers le village de Quenza. La traversée des aiguilles et la descente vers Asinao ont eu raison d'un de ses genoux, il redescend donc seul des montagnes à la recherche d'un médecin, et on se donne rendez-vous à Vizzavona dans quelques jours. Fabien et moi nous enlignons pour une randonnée d'environ 12 heures vers le refuge d'Usciolu. Cette journée commence très durement: nous devons nous
taper l'ascenscion du Monte Incudine (2136m), le plus haut sommet de la Corse-du-Sud. Le sentier de la montée est hyper-accidenté et vertigineux; je ne voudrais pas avoir à descendre par là ! À notre grand étonnement, il y a des vaches au sommet... Nous redescendons sur l'autre versant, beaucoup moins accidenté, et nous arrivons dans une vallée où il y a des chevaux en liberté et une vieille bergerie désafectée. Nous croyions avoir fait le plus dur de la journée pendant la matinée. C'est que nous ne connaissions pas encore la crête qui mène au refuge d'Usciolu. C'est probablement
la partie de tout le sentier que j'ai trouvé la plus dure et la plus vertigineuse. Chaque pas doit être calculé avec précision et ce sur quelques kilomètres malgré la grande fatigue déjà présente après tout de même 10 heures de marche intense. Je n'ai jamais marché aussi lentement et avec autant de précautions de toute ma vie... Entre le moment où l'on a aperçu le refuge et le moment où nous y sommes arrivé, il s'est passé beaucoup de temps ! Un homme a eu une faiblesse cardiaque sur la crête et a été évacué par hélicoptère le lendemain. Deux autres abandonnaient à cause de blessures aux genoux. Nous
nous sommes payé un souper luxueux comprenant pain, fromage de chèvre campagnard (grosse croûte grise...), saucisson de sanglier, une bière et du chocolat, le gardien du refuge tenant le rôle d'épicier. Tout le monde mangeait silencieusement, morts de fatigue, et en frissonnant car la température avait descendu autour de 5 degrés dès le soleil disparu derrière les montagnes. Il ne nous restait qu'à nous coucher dans nos sacs de couchages confortablement installés sur un lit de roches...
Jour 4: d'Usciolu au col de Verde
Aujourd'hui, nous partons avec l'idée de sauter une étape en n'arrêtant pas au refuge de Prati et en allant directement à la bergerie de Bocca di Verde. Le refuge de Prati n'est pas suffisamment éloigné de l'Usciolu pour qu'on décide de s'y arrêter. Cette étape marquera le début de la fin pour moi. Après 10-12 heures de marche, j'ai un mal de pied chronique, je ressens de la douleur à mes deux
chevilles ainsi qu'à mon genou droit. Nous partageons notre site de camping avec les cochons sauvages et nous profitons des douches chaudes de l'auberge de la bergerie. La douleur m'empêche cependant de dormir.
Jour 5: du col de Verde à Vizzavona
Pendant une bonne partie de la journée, nous montons ou nous avançons sur un faut-plat. La montée ne fatigue pas trop mon genou alors nous marchons à vive allure (nous avons bien tracé comme dirait mon copain français..). Cependant,
arrive le moment où nous devons descendre des montagnes pour aller à Vizzavona, le seul village qui est sur le GR-20. La descente fut extrèmement pénible pour moi. Fabien a descendu rapidement pour aller rejoindre Michael qui devait nous y attendre, me laissant avec ses bâtons de marche descendre à mon rythme qui est rendu ridicule. J'arrive à Vizzavona avec au moins 1 heure de retard sur Fabien. Mon genou droit me fait souffrir et ma cheville droite est inopérante... Je boite énormément. Mon sac de 30 kg (à ne pas faire !!!) a eu raison de mes articulations. On se paye un bon repas traditionnel corse au resto: toutes les charcuteries traditionnelles comme la coppa, le lonzu, jambon cru, saucisson de sanglier ainsi que terrine de sanglier, fromage de brebis et fromage de chèvre, le tout couronné par un excellent fiadone (tarte au brocciu et citron, le brocciu étant un fromage légèrement sucré fait à partir de petit lait de chèvre). À part le resto, la gare et deux auberges, il n'y a pas grand chose dans ce village de 16 habitants... Moi qui croyait pouvoir envoyer des cartes postales ou aller sur internet. Il n'y a même pas de guichet et ils nacceptent pas les cartes de crédits, je dois me rendre en train jusqu'à Corte pour aller chercher de l'argent... La fille du resto est très gentille et accepte même de me faire cuire ma propre nourriture vu
ma situation financière momentanément précaire... Nous prenons une journée de repos à Vizzavona pour laisser mes articulations se remettre de leur traumatisme mais il est trop tard. J'allais avoir la cheville mal en point jusqu'à ma visite chez le physio quelques mois plus tard lors de mon retour au Canada, et mon genou m'achale encore... C'est donc ici que j'ai abandonné le sentier pour me rendre en train à Bastia, après un peu plus de 100 km de marche en 5 jours, laissant mes deux amis français continuer seuls le sentier.
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