La Haute-Corse sur le pouce

Carte géographique


La Haute-Corse est un paradis à l'intérieur d'un paradis. Les paysages où se rencontrent mers et montagnes sont sublimes. Il y a beaucoup moins de touristes que sur les plages du sud, les habitants sont d'autant plus accueillants. Avis à ceux qui voudraient y conduire: vous avez intérêt à connaître sur le bout de vos doigts les dimensions de votre véhicule...
 

Bastia

Je suis arrivé à Bastia pour la St-Jean en provenance de Vizzavona, après ,.être blessé sur le GR-20. Cette blessure aura été bénéfique: sans elle je n'aurais jamais vu le cap Corse. Bastia (environ 40,000 habitants) est la "capitale" de la Haute-Corse. C'est la deuxième ville en importance sur l'île après Ajaccio. Cependant, la ville de Bastia m'a semblé beaucoup plus agréable que celle d'Ajaccio. Comme à bien des endroits en Corse, on a un certain respect pour Napoléon Bonaparte qui y est né mais qui n'a  pas fait grand chose pour aider le sort de son île. La grande place Saint-Jacques, au centre de la ville, est entourée de cafés, bistros et resto sympas. Au centre de la place, la statut de Napoléon en empereur romain témoigne de l'attitude qu'il avait... Le vieux port de la basse-ville est particulièrement charmant par une belle journée d'été, avec les appartements vieillots tout autour et les enfants qui se lancent dans la mer du haut de vieilles murailles. La haute-ville, petite mais tout aussi charmante, est protégée par une enceinte qui en fait le tour.
 
 
 
 

La côte est du cap Corse

Tout au nord de la Corse, il y a une péninsule qui avance dans la Méditérannée en pointant au nord vers l'Italie. Les habitants de la Corse l'appellent "l'île dans l'île", ou si vous préférez, "le paradis du paradis". Aussitôt que l'on quitte Bastia vers le nord, l'atmosphère change et l'on se croirait dans un autre monde. La côte est du cap Corse est caractérisée par ses pentes douces, ses plages de sable et ses villages côtiers pittoresques. Ces villages sont la plupart du temps des "marines", appendices côtiers de villages situés dans les montagnes à l'intérieur des terres. Ces marines servaient traditionnellement de port aux pêcheurs de ces villages, tandis que la famille vivait plus au frais dans les montagnes, à l'abris des ennemis (beaucoup de villes italiennes ont successivement envahi la Corse). J'ai fait du pouce de Bastia jusqu'à Macinaggio, à l'extrémité nord du cap, avec une température de 32 degrés à l'ombre. Le hic, c'est qu'il n'y a pas d'ombre... Le village de Erbalunga, avec sa ruine de tour génoise (témoignage laissé par un des envahisseurs) m'a semblé particulièrement joli et paisible. Arrivé à Macinaggio, il y avait un petit camping à deux minutes de marche de la plage de Tamarone. Soirée passée couché sur le sable, au soleil couchant, à manger des cerises et lire un bon livre: mémorable ! C'est rendu que je mange quatre repas par jour à cause du GR-20 et je n'engraisse même pas. Après deux-trois jours de plage et de plongée sous-marine, il est temps de partir...
 
 

Le sentier des douaniers

Il n'y a pas de route qui longe la côte pour traverser du côté ouest du cap Corse. On m'avait cependant parlé d'un sentier facile qui longe les plages du cap jusque de l'autre côté. Ce sentier, qui s'appelle le sentier des douaniers, se fait habituellement en trois étapes. J'ai décidé de le faire en une seule journée avec mon sac de 30 kg en partant assez tôt. Je suis accompagné par Stéphanie, une compatriote Québécoise que j'ai rencontrée au camping de Macinaggio. Elle désire faire le premier tiers du sentier avec moi, pour ensuite rebrousser chemin et continuer son tour de la Corse à vélo... Quoique nous ayons perdu plus d'une heure à cause du sentier mal balisé, le début du sentier nous a mené à des endroits époustouflants. Après les vaches sur le sommet du Monte Incudine, voici les vaches se prélassant sur la plage ! Nous arrivons ensuite à une tour génoise tout près du village de Barcaggio. Après une courte baignade près des dunes de Barcaggio et une visite rapide du village, Stéphanie rebrousse  chemin tel que prévu. Je rempli mes bouteilles une dernière fois dans une fontaine avec l'écriteau peu rassurant "eau non-potable" mais on me garantit que c'est faux... Je marche ensuite seul jusqu'au très joli village de Tollare. C'est ici que ça se corse... À cause du GR-20, je suis incapable de porter mes bottes de randonnée et je marche continuellement en sandales. Sur le plat, ça va, mais en montagne, c'est une autre histoire. Le sentier qui jusque là suivait le bord de l'eau semble se diriger vers les montagnes. Je décide de m'y aventurer en pensant que j'étais presque arrivé. J'ai atteint le village de Centuri-Port 5 heures plus tard... Le sentier, soudainement devenu accidenté, m'imposait d'enfiler mes bottes de temps à autre malgré la douleur intense pour ne pas risquer de me casser la cheville. Mais encore pire, il n'y avait aucun point d'eau sur tout le sentier. Lorsque j'ai réalisé qu'une pénurie en eau était possible, je me suis rationné et me suis limité à une seule gorgée aux 10 minutes. Par une température de 35 degrés à l'ombre, et comme il n'y a pas d'ombre dans le maquis corse, c'est plus facile à dire qu'à faire. J'ai réalisé qu'en plus de risquer la déshydratation, c'est aussi l'insolation qui me guettait. Alors pendant plusieurs heures de marche je me suis limité à une gorgée aux 10 minutes et à un repos forcé aux 30 minutes pour faire baisser ma température corporelle. Comme il n'y avait pas d'ombre, je me couchais dans le sentier avec mon sac à dos par-dessus le corp et le visage pour me protéger du soleil... J'ai tout de même manqué d'eau plus d'une heure avant mon arrivée à Centuri. J'y suis finalement arrivé, 12 heures après mon départ de Macinaggio. C'est alors que deux gentils couples de français m'ont payé la traite en m'offrant leurs desserts au resto, une douche à leur hôtel, et leurs adresses si jamais je passais dans leur coin de pays...
 

La côte ouest du cap Corse

Le paysage de la côte ouest est tout à fait différent de celui de la côte est. C'est le summum de l'interface montagnes-mer... Les paysages y sont dramatiques, les pointes et les anses où plongent les falaises dans l'immensité du grand bleu se succèdent à perte de vue. Les villages sont perchés à flanc de montagne. Les routes sont tortueuses et sinueuses, pas étonnant qu'il n'y ait aucun poids lourd en Corse. Il est souvent impossible de rencontrer un autre véhicule sur la route sans avoir à s'arrêter. On est perpétuellement accroché entre la montagne et le néant. Et dire que Stéphanie devra se taper cela en vélo ! Sur le pouce, je me rend jusqu'à la commune de Nonza, où il y a une tour carrée très célèbre. Lorsque l'armée française a prise la Corse de force après le traité de Versailles, un des résistants corses s'est réfugié dans cette tour et tirait partout sur l'armée française. Quand celui-ci s'est rendu, les Français furent bien étonnés de constater qu'il n'y avait qu'un seul homme dans la tour  plutôt qu'une vingtaine comme ils le supposaient... J'ai continué à faire du pouce jusqu'à l'extrémité sud du cap Corse, à Saint-Florent, où je me suis rendu grâce à deux hollandais qui m'ont pris en charge. Saint-Florent est une jolie petite ville avec plusieurs camping et une plage très agréable.
 

Le ranch d'Arbo Valley et Calvi

Lorsque je suis parti sur le pouce de Saint-Florent, je savais que j'allais devoir traverser le désert des Agriates mais j'espérais que quelqu'un me prendrais rapidement. Ce ne fut pas la cas. J'ai traversé une partie considérable du désert sans que qui que ce soit ne me prenne. C'est alors qu'un gentil monsieur, qui se trouve à être le président du tourisme équestre en Corse, s'arrête et me prend à bord de son pick-up. J'ai passé avec lui certaines des plus belles heures de mon voyage: un bonhomme intéressant et passioné par son travail, son pays et son histoire. J'ai appris des tas de choses en très peu de temps. Il m'a amené visiter son ranch, m'a servi à dîner de la nourriture très typiquement corse et m'a montré un tas de truc. J'aurais bien aimé passer plus de temps là-bas si j'avais eu plus de temps... Une fois rendu à sa destination, il a tout de même tenu à me reconduire à l'Île-Rousse (ville corse) pour me la faire visiter et pour que je puisse aisément me rendre à Calvi en tram-way. Je crois que ce monsieur mérite un peu de publicité... Avis à ceux qui désire visiter la Corse à cheval avec le meilleur des guides:

François Vescovali, Ferme équestre d'Arbo Valley
Tél.: 04-95-60-49-49   Cell.: 06-12-06-34-38
3,8 km à l'est de l'Île-Rousse

Je me suis ensuite rendu à Calvi, l'une des principales jolies petites villes fortifiées de Corse. C'était le festival de Jazz comme à Montréal...Beaucoup de jolies filles à Calvi, autant touristes que locales. Mais le festival est beaucoup plus petit et surtout payant.
 
 

Porto, le paradis corse

J'avais pour but de passer quelques jours à Porto en espérant y faire de la plongée de plus grande qualité qu'à Bonifacio ou Macinaggio. Je suis parti de Calvi sur le pouce pour faire les 85 km qui me séparaient de Porto. Moi qui croyait que les routes du cap Corse étaient tortueuses, c'est que je n'avais pas vu celles entre Calvi et Porto, encore une petite pensée pour Stéphanie... La journée fut fort éprouvante: 8h30 de marche et d'auto-stop pour faire 85 km. Mais les paysages en route et le décors du village de Porto en  valaient amplement le coût. Le minuscule village de Porto s'étire le long d'une petite rivière jusqu'au bord de la mer, il est cerné par une muraille de roche qui fait 2000m, avec le superbe Capo d'Ortu en arrière-plan. Le village en tant que  tel est moins authentique que certains vieux villages corses, ont voit que plusieurs constructions sont neuves et prévues en fonctions des touristes. Mais l'atmosphère de la ville et la nature tout autour compensent grandement. Le petit  camping à flanc de montagne dans un ancien verger est tout à fait charmant, et il est encore possible de se nourrir à même certains arbres du camping... À proximité de Porto on trouve les calanques de Piana. Ça vaut la peine de payer pour aller  voir ces formations rocheuses de plus près. Le plus petit des bateaux nous amène même à l'intérieur des grottes. L'une d'elle a pratiquement la forme exacte de l'île de la Corse lorsqu'on en sort. Le capitaine connaît les dimension de son embarcation à la perfection et le manoeuvre de main de maître. Tout près des calanches de Piana, j'ai plongé dans des grottes sous-marines,  les grottes de la Figajolla, et c'était magnifique. À quelque kilomètre au nord du golfe de Porto, il y a la réserve marine de Scandola. C'est le plus bel endroit pour plonger que j'ai vu en Corse. Il y avait mérous, murènes, langoustes et gorgonnes à profusion ! Et la jolie Virginie n'était jamais très loin quand je plongeais. Après quatres semaines en Corse et quelques jours merveilleux à Porto, j'ai pris l'autobus pour Ajaccio, fait mes adieux à la Corse, et pris le traversier pour Marseille. Il ne me restait que 5 semaines à passer en Europe. Prochaine étape: l'Italie.
 
 

Le sud de la Corse - Le GR-20 - La Haute-Corse

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